L’injonction paradoxale et la résistance

De tous les augures réunis pour le couronnement de notre nouveau suzerain, la Une de Libération du 7 mai 2017 est celle qui, sciemment ou non, offre la plus claire lecture non seulement de notre présent mais aussi du futur y attenant.

Le pavé est lancé en pleine trêve pré-électorale, ce n’est surement pas un hasard. C’est un gros pavé, à injonction paradoxale. Forme d’autant plus adéquate qu’elle souligne, si justement, l’ironie de notre situation. Splendide conclusion d’une campagne savamment orchestrée autour du sacrifice de notre liberté.
Mais s’arrêter au constat des manipulations politiciennes et médiatiques nous ayant menés à cette lamentable situation, serait en ignorer les conséquences. Les ressorts sont pourtant visibles, là, devant nos yeux.

Consciemment ou non, il est remarquable que l’édition de Libé ait choisi la forme de l’injonction paradoxale. Elle est en effet une caractéristique marquante des politiques néolibérales, en particulier de celles appliquées en management. Vous savez, les fameux « Faire plus avec moins », la « Croissance continue dans un monde limité » et autres « licenciements pour maintenir les bénéfices records des entreprises et de leurs actionnaires ».

Les effets des injonctions paradoxales sont bien connus, notamment dans le monde du travail (1). Elles rendent fou. On peut tenter de les éviter, les ignorer ou les contourner mais, tant que nous les acceptons comme équation valide, nos cerveaux doivent concilier l’inconciliable, résoudre l’insolvable. Ce que nos petits cortex sapiens supportent assez mal, globalement parlant.

La folie nous guette, donc. Inéluctablement. Sauf à sortir du cadre prescrit. En dénonçant le paradoxe. En refusant l’application des injonctions. En mobilisant l’énergie du stress provoqué pour résister plutôt que de s’auto-détruire. La résistance, comme salut à l’injonction paradoxale. Voilà ce que nous annonce réellement cette Une.

Vous l’avez voulu ? Mais peut-être bien que vous aurez un peu plus.

 

Skoliad, 7 mai 2017 après 20h.

 

1- Vincent de Gaulejac, Travail, les raisons de la colère, Paris, Le Seuil, coll. « Économie humaine », 2011, 335 p.